Futur  x  IA  x  Design

Cycle d’ateliers de Design Spéculatif

Classe préparatoire à l’Ecole Normale Supérieure Option Design, Ecole Duperré Design, Paris, 2018.


Hybridant pédagogie et exploration prospective par le Design Fiction et l’image, ce cycle d’atelier invitait les étudiants à découvrir les enjeux de l’IA en termes de design (AI Design) puis à prototyper différentes mises en scène possibles, d'une fiction future imaginée dans l’étape de recherche précédente (réalisée avec les chercheurs de Paris Tech).-Dans ce récit, une IA livre ses prescription personnalisées en mots et en images,  via une interface avec laquelle les utilisateurs développent une proximité relationnelle inédite et bien plus complexe qu’une simple interaction fonctionnelle.-Les étudiants imaginent, donnent à sentir, et interrogent des situations d’usage de cette IA dans un domaine de leur choix. Les thèmes retenus sont l'alimentation, l'éducation, l'environnement, la mobilité, le sport, le dating et la reproduction.


Introduction


Le cycle d’ateliers s’inscrit dans le cours de la designer Nounja Djamil avec qui le programme est coconçu et copiloté, se déroule en 5 séances sur une période de trois mois, et comprend un travail conséquent de recherche-création mené par les étudiants entre chaque séance.

En phase initiale, les étudiants découvrent les laboratoires de recherche artistique et prospective de RBW qui permettent d’apporter de la pédagogie sur la recherche par l’image, le futur et l’Intelligence Artificielle.
Son laboratoire d’image donne un exemple et permet de visualiser de comment réfléchir, spéculer, et développer des dispositifs, des concepts ou des narrations à partir de (ses) banques d’images photographiques – d’autres exemples et réflexions sur les banques d’images sont également présentés.
Son laboratoire d’idées (a.k.a LIID Future Lab) permet une première initiation d’une part à l’analyse de tendance par décryptage de « signaux faibles » (images et informations considérés comme des ‘signes du futur’), d’autre part au Design Fiction et à la conception de ‘prototype spéculatif’ pour donner à sentir des visions critiques du futur – avec l’exemple de « Paris Ars Universalis, scénario-fiction d’un futur Grand Paris ».

Enfin, le TAC Future Lab apporte des éclairages sur les enjeux de l’Intelligence Artificielle, ses principes algorithmiques et de machine learning (dont curation à partir de banques d’image), ou encore les imaginaires et les pratiques de design d’IA (pratiqué notamment chez Facebook).

Pitch


Les 40 étudiants sont ensuite invités à s’approprier l’une des fictions futures développées par RBW avec les chercheurs de Telecom Paris Tech (voir étape de recherche dédiée), dans laquelle le CGG (Consortium Godel & Glitch) a développé une interface de recommandation personnalisée sur de nombreux sujets.

Cette IA est devenue un inestimable complice de tout un chacun, non sans une certaine ambiguïté dans les relations homme-machine et des implications bien plus complexes et existentielles, qu’une relation simplement fonctionnelle.

Chaque groupe (8 groupes de 5 étudiants) est invité à choisir un domaine d’application, à imaginer des artefacts/interfaces de recommandation par l’image, des personas et des situations spéculatives révélant les variations créatives potentielles ainsi que les enjeux critiques sous-jacents.

Les étudiants utilisent les médias créatifs de leur choix (curation online et moodboards, dessin, photomontage, vidéo, performance, etc.) pour partager leurs travaux.

Conclusion


Les situations imaginées (voir ci-dessous) par les étudiants révèlent une excellente appropriation du pitch, créativité et investigation, ainsi qu’une bonne diversité d’angle d’approche. Elles oscillent entre des scénarios plus ou moins positifs, critiques et plausibles, en gardant un ancrage dans la réalité et avec un bon niveau de nuances et de détails.

Chaque ‘spéculation’ a ainsi donné lieu à de riches échanges avec et entre les étudiants, pour petit à petit dépasser l’échelle des situations explorées, conscientiser collectivement l’ampleur des implications de l’IA dans la société et le monde, et en saisir pleinement aussi bien les risques que les bénéfices.

L’approche par le design spéculatif a manifestement permis de dédramatiser les discours dominants (utopistes ou alarmistes) face à l’IA – et d’éviter l’écueil de la sur-dramatisation que l’on trouve souvent dans les méthodes de recherches prospectives inspirées de la Science-Fiction.


Aperçu des résultats


A l’issue du processus, les groupes présentaient leurs situations spéculatives à l’oral avec tous l’éventail de leurs matériaux de recherche projetés et/ou présentés sur tables, suivi d’une discussion collective. Nous donnons ici un résumé succinct de chaque groupe.

Le Groupe 1 se focalise sur les arts culinaires et la suggestion de recettes ‘tendances’ et personnalisées qui répondent aux besoins de chacun (calories, intolérances, restrictions, préférences, temps de préparation, etc.) mais permettent aussi de revaloriser les patrimoines gastronomiques du monde entier…

Le Groupe 2 adresse un sujet plus critique, celui de la reproduction assistée par IA, qui permet via un utérus artificiel et une IA qui sélectionne les meilleures séquences ADN, d’optimiser sa descendance et le design d’humains…

Le Groupe 3 se penche sur la ‘crise tactile’, et propose une IA ‘robot érotique’ qui d’une part aide et guide, aussi bien la main humaine que la main artificielle, pour apprendre à se toucher, se caresser ou se masser. Comme la vidéo réalisée le montre, cette guidance passe par un système d’éclairage coloré projeté sur les corps, qui indique de manière très subtile les zones, la diversité ou l’intensité des manipulations.

Le Groupe 4 imagine une IA,véritable activiste antiplastique, suggérant des modalités d’interventions que ce soit pour limiter la consommation d’emballage, faire évoluer les modes de fabrications, favoriser l’écodesign ou agir pour sauver les océans de la pollution plastique.

Le Groupe 5 s’intéresse à la difficulté d’optimiser les équations et solutions de mobilité urbaine, et propose un algorithme qui aide à arbitrer entre de nombreuses hypothèses multimodales, bien trop complexes pour l’entendement humain. Dans le cas du Grand Paris pris en exemple (avec un brin d’ironie), la tendance suggérée semble cependant étrangement simple avec le choix d’un méga métro appelé « Le Tube », semant le doute sur l’utilisation de l’IA par les politiques.

Le Groupe 6 imagine une interface de dating immersive et cinématographique, qui permet à des humains de se rencontrer et de flirter dans des univers virtuels, où ils viennent rejouer des séquences de leurs films préférés, comme étape préliminaire à une rencontre réelle…

Le groupe 7 conçoit une interface d’’edutainment’ (education + entertainment) qui permet d’apprendre en jouant avec une IA. Cette interface se projette sur un mur pour éviter l’immobilisme et l’étroitesse de l’écran, et favoriser la mobilisation du corps dans le processus d’apprentissage. De très nombreux type de connaissances et de compétences sont possibles.

Le Groupe 8 propose une plateforme de recommandation de solution individuelle de mise en forme avec une approche très complète et boostée du corps : sport, fitness, soin, médecines alternatives, pharmacologie augmentée, data-analytics, quantify-self, chirurgie esthétique, body-enhancement, bio-hacking, design prothétique, etc. au risque d’un rapport au corps obsessionnel et à tendance post-humaine…